Lorsque l’on passe beaucoup de temps aux États-Unis, une chose que l’on réalise, c’est qu’en France, on avait tendance à utiliser le terme « carte de crédit » de façon impropre, c’est à dire indifférent pour une carte de crédit « pure » ou une carte bancaire à débit immédiat qui nous permet de payer comptant. « Carte de crédit » est souvent utilisé pour « carte bancaire à débit immédiat », mais peu importe car en France, on paie plus souvent comptant.

Aux États-Unis, c’est bien différent : les cartes de CRÉDIT ont une telle place que lorsque vous faites vos courses au supermarché, à la pharmacie ou ailleurs, au moment de régler, vous devez systématiquement répondre à la même question: « Debit or Credit ? ». La première fois, vous êtes surpris (« Whaaat ? ») et puis vous réalisez vite que beaucoup de gens paient leurs courses au supermarché à crédit, pour des raisons diverses, nous allons y revenir.

Si vous observez les américains en caisse, vous ne manquerez de les voir fouiller dans leur porte-cartes à la recherche de LA carte pour cette dépense. Et, oui un porte-carte américain est bien rempli, c’est culturel : les américains vivent à crédit.

Les CB aux USA
Ce n’est pas une légende, les Américains collectionnent littéralement les cartes de crédit

Lorsque j’ai abordé ce sujet avec une amie, elle m’a expliqué qu’elle payait toutes ses dépenses courantes avec ses cartes de crédit et n’utilisait sa carte à débit immédiat que lorsqu’elle ne pouvait pas faire autrement. Et oui, il est n’est pas possible de payer certaines factures avec une carte de crédit, cela va de soi. Et quand j’ai voulu en savoir plus et demandé à cette amie pourquoi, elle m’a répondu : « pour gagner 50 000 miles et que mon credit score remonte ». Je n’avais bien entendu aucune idée de ce que credit score voulait dire…

Le règne du Credit Score

Lorsque l’on s’installe aux États-Unis, on ne nous parle que de ça : il faut vite se faire un credit score solide afin d’obtenir un prêt voiture ou maison plus facilement. Le crédit score étant l’indicateur de notre solvabilité. Le score va de 300 à 850 et votre note indique aux banques si vous êtes un bon payeur ou non, et si en somme, elles peuvent vous faire confiance. Votre score va également déterminer le taux d’intérêt qui vous sera accordé. En somme, un crédit score élevé est symbole de votre buyer power (« pouvoir de consommateur »).

Le crédit score va de 300 et 850 :

  • Un score de 300- 579 est qualifié de mauvais.
  • Un score de 580- 669 est qualifié de moyen.
  • Un score de 670-739 est qualifié de bon.
  • Un score de 740-799 est qualifié de très bon.
  • Un score de 800-850 est qualifié d’exceptionnel.

Si vous visez un score de 850 (excellent) vous avez d’abord intérêt à payer vos factures en heure et en temps car c’est le critère le plus important. Une fois atteint ce score, il faudra le conserver. Et oui, votre score fluctue. Il faut savoir que 66% des Américains ont un bon score alors les banques multiplient les offres alléchantes pour appâter leurs futurs clients.

L’obsession du cash back ou des miles

Beaucoup font une demande d’une nouvelle carte de crédit pour gagner des miles sur un billet d’avion, des points qui se transformeront en nuitées gratuites au Hilton ou encore du cash back (de l’argent). Sur les sites d’expats français aux USA, c’est un sujet récurrent : quelles sont les meilleures cartes de crédit pour gagner du cash back ou des miles ?

Prenons quelques exemples.

La carte Chase Saphire a été élue meilleure travel card en 2016-2017 par Money Magazine. Avec cette carte, vous gagnez 50 000 points si vous dépensez 4 000 $ dans les premiers 3 mois, ce qui est l’équivalent de 625 $ pour un billet d’avion. Pas d’intérêt du moment que vous payez vos factures à la date indiquée.

Avec la Capital One Venture vous obtenez 50 000 miles si vous dépensez 3000 $ dans les premiers 3 mois ce qui équivaut à 500$ sur un vol. Ensuite c’est 2 miles par dollars dépensés. La première année cette carte est bien sûr gratuite mais la deuxième vous devrez vous acquitter de 95$.

La Capital One Venture a été élue par CNBC, meilleure travel card en 2018. Elle offre aussi un bonus de 100$ pour l’inscription à ce que les américains appellent Global Entry (ou Trusted Traveller Program, littéralement « voyageur de confiance ») et TSA Pre-Check. En gros, vous obtenez votre adhésion à ce programme gratuitement (elle coûte 100 dollars par an).

100 dollars pour l’année mais quel bonheur ! La TSA Pre-Check vous accorde, en tant que voyageur de confiance, l’accès prioritaire (file spéciale) au contrôle de sécurité de l’aéroport : ça va plus vite et on ne vous demande pas de retirer vos chaussures ou de sortir vos appareils électroniques de vos sacs. Quant au pendant appelé Global Entry, il facilite votre retour aux États-Unis, pas de questions par un officier d’immigrant, vous pouvez réaliser les formalités sur un écran et à nouveau ne faites pas la queue.

Autre gros avantage de ces cartes, il n’y a pas de frais sur des transactions à l’étranger.

Mais gagne-t-on vraiment de l’argent ? Ne soyons pas naïfs, avant de gagner un centime, il va d’abord vous falloir dépenser ! Cette idée de dépenser (plus) pour gagner plus (cela vous rappelle être quelque chose?) me fait penser à un livre sur Chris Moneymaker dont le titre en anglais est « How to Turn 40$ into a 2.5 millions at World Series of Poker ». Pas d’emballement, on n’en est pas là…

Je l’avoue, j’ai moi-même ouvert une carte American Airlines pour gagner 200$ sur un billet d’avion. Très bien mais après elle me servira à quoi cette carte ? Et si elle est gratuite la première année, il ne faut pas être dupe, il faudra ensuite s’acquitter de frais annuels.

Des chiffres alarmants

La dette des Etats Unis
Les chiffres de la dette aux États-Unis

Si ces cartes existent en France (par exemple l’Amex Air France-KLM), on constate aux États-Unis une culture du crédit préoccupante : s’endetter fait partie de la culture. L’Américain moyen doit rembourser 6,375 dollars (facture en carte de crédit), ce qui pour 25% d’entre eux, représente plus d’argent qu’ils n’ont en banque (épargne) et seuls 52% des Américains ont une épargne en cas d’urgence.

Parlons justement épargne. Si les Français sont connus pour leur « bas de laine », une étude récente sur le sujet a révélé que 69% des Américains ont moins de 1,000 dollars sur leur compte épargne.

Et les chiffres sont alarmants : on a atteint un niveau d’endettement national au plus au haut depuis la récession de 2008. Pour les 4 premiers mois de 2018, les Américains ont remboursés 40.3 milliards de dettes et 104 milliards en intérêts en un an en 2017-2018 !

Alors, si l’on veut profiter des avantages offerts par ces cartes, il s’agit de les utiliser pour ses dépenses quotidiennes habituelles, régler ensuite ces factures de cartes de crédit sa carte à débit immédiat de façon à bénéficier des offres alléchantes sans dépenser plus et sans s’endetter.

La réalité est que si de si nombreux Américains vivent à crédit, ce n’est pas pour gagner des miles mais bien parce qu’ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts et c’est ainsi qu’ils tombent dans la spirale infernal de l’endettement. Et sans parler d’endettement, le Prix Nobel d’économie, Angus Deaton a expliqué récemment que les Américains devraient faire des dons à leurs compatriotes pauvres plutôt qu’à des organisations caritatives internationales, parce que « des millions d’Américains sont aussi pauvres que les plus pauvres du monde ».

USA : dépenser plus pour gagner plus ?
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