À l’avènement des banques en ligne, leur principal argument de marketing était le coût. La gratuité de la plupart des services en ligne les rendait bien plus compétitives que les prestations dans les banques classiques. À cela s’ajoute notamment la rapidité du service due à son caractère digital ainsi que le gain de temps que permet de faire une banque en ligne.

Si ce modèle économique a consacré la naissance des plus grandes banques en ligne, il constitue également leur talon d’Achille. Les banques en ligne payent très cher leur politique de gratuité d’autant que celle-ci est fondée sur des prévisions de rentabilité qu’on pourrait qualifier d’hypothétique. Ce qui laisserait entrevoir une suppression progressive des services gratuits les années à venir.

Un modèle économique au bord de l’essoufflement

Avec la pluralité des services gratuits des banques en ligne, on imagine mal que seuls 9% des Français sont des clients exclusifs de banques en ligne. Autrement dit, 81% des clients des banques en ligne ont également un compte dans une banque classique. Cette étonnante révélation faite à la suite d’une étude du Cabinet Arcane Research met en lumière une terrible réalité : les banques en ligne ne sont pas si attractives qu’il y parait.

Pourtant, depuis l’apparition de la première banque en ligne il y a 20 ans, le modèle économique n’a guère évolué. Il reste en faveur du client qui profite de la générosité de l’institution bancaire avec notamment les frais d’acquisition, encore connus en tant qu’offres de bienvenue :

  • 80€ offerts à l’inscription, voire 120€ pour certaines banques (Monabanq, BforBank…)
  • Carte bancaire gratuite

Cette phase de conquête est complétée à la gratuité des opérations au quotidien à savoir :

  • Pas de frais de tenue de compte
  • Pas de frais de versement des contrats d’assurance-vie
  • Frais réduits pour les opérations liées aux comptes titres
  • Etc.

Sur la base des coûts liés aux frais marketing, ces frais d’acquisition représentent à eux seuls 80%. Malgré tout, les banques ne cessent d’investir, la plupart se considérant encore en phase d’investissement. Car, pour être rentables, les banques en ligne doivent atteindre un certain nombre de clients.

Deux millions d’abonnés, la bataille des banques en ligne

Il est difficile de croire que 15 ans voire 20 ans après la création des premières banques en ligne, elles en sont encore à des balbutiements en termes de rentabilité. Si elles acceptent d’engranger autant de pertes en investissant dans les frais d’acquisition, c’est parce qu’elles comptent toutes sur un seul et même objectif : le seuil de rentabilité.

Celui-ci est estimé à 2 millions d’abonnés selon les spécialistes en stratégie bancaire. C’est l’objectif que s’est fixé Boursorama pour 2020. Pour atteindre le même objectif dans 10 ans, Orange Bank a prévu d’investir jusqu’à 500 milliards d’euros.

Quant au Crédit Agricole, elle pense injecter 120 millions d’euros dans BforBank. Le seuil de rentabilité n’est toutefois pas encré dans le marbre et tout porterait à croire qu’il faille aller bien au-delà des 2 millions de clients pour qu’une banque en ligne devienne rentable.

La confusion est d’autant plus grande que certaines banques ont pu trouver la formule appropriée pour être rentables. En 2016, Arkea Direct Bank, le groupe dont dépend le leader Fortuneo, a pu réaliser un bénéfice de 9 millions d’euros sur la base des prélèvements de commissions sur le paiement par carte ainsi que les frais de gestion sur les contrats d’assurance-vie.

Ce n’est cependant qu’un cas parmi tant d’autres et le constat général pourrait laisser envisager que l’ère de la gratuité toucherait à sa fin.

La fin de la gratuité, une prévision imminente ?

Pour les banques, le coût de la politique de la gratuité est astronomique. En 2016, les pertes étaient de 80 millions d’euros et Boursorama, à elle seule, cumulait 24 millions. La même année, plusieurs grandes banques ont vu leurs charges externes exploser, notamment en frais d’exploitation. Une fois de plus, Boursorama est encore en tête, suivie d’Axa Banque, d’Arkea Direct Bank et de Groupama Banque.

En 2017, Boursorama enregistrait 59% de clients qui ne paient aucuns frais. Même pour Fortuneo qui semble s’en sortir, ce taux est de 54%. Il ne serait donc pas étonnant que les banques en ligne revoient leur politique de gratuité les années à venir pour sortir du rouge. Des signes précurseurs, il y en a beaucoup, notamment la disparition des promesses de gratuité à vie des cartes bancaires.

Oseraient-elles se risquer à de telles mesures, surtout avec l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché, la concurrence étant le fait à la fois des banques en ligne que des néobanques? L’heure est en effet plus que jamais autant à la maximisation des efforts de conquêtes de la clientèle que de la mise en place de solutions alternatives de rentabilité.

Le conditionnement de la gratuité de la carte bancaire à son utilisation régulière ou un flux minimum de dépôt sur compte font partie de ces solutions alternatives. Si quitter le principe de la gratuité ne peut être annulé, c’est là un moyen pour ces banques de s’assurer une certaine pérennité. En attendant, vous avez encore le temps de profiter des banques en ligne tant qu’elles sont gratuites.

Profiter des banques en ligne tant qu’elles sont gratuites
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